L’espace pictural en question

Ces scènes au caractère expressionniste et spectaculaire se jouent dans  des espaces qui oscillent entre platitude et profondeur. S’il n’est pas question de perspective illusionniste, un dialogue subtil et déroutant s’opère entre les figures, les fonds et des éléments graphiques rajoutés sur la couleur, parfois eux-mêmes recouverts à leur tour en écho, par les figures, le fond ou le dessin. Ces derniers éléments, traits rectilignes, quadrillages plus ou moins proches, plus ou moins serrés, règles de mesures, cadres, souvent tracés en noir, au fusain ou à la craie, pourraient avoir pour vocation de structurer l’espace des images en posant des cadres, des directions ou des limites.  En réalité, leurs recouvrements, dévoilements, masquages, tissages et imbrications avec les autres constituants picturaux les font apparaître vains dans cette tentative. La profondeur n’est donc que subtilement suggérée par ce jeu de : dessus, dessous, caché, montré, des multiples plans juxtaposés, superposés ou imbriqués.
La confusion générale n’en est que plus opérante. Dans ce chaos spatial, les « Ange-drogynes » ne semblent pas prêts à se laisser (en)cadrer, enfermer. Impassibles, ils s’évertuent à transgresser les limites.

Au milieu de cette agitation, il existe pourtant dans certaines des toiles un espace différent. Une « zone de silence », comme un refuge. Souvent de forme rectangulaire, il émerge de derrière les figures ou dans le fond. Seule surface traitée en aplat de couleur Noire. Un noir créé par l’artiste, issu d’un mélange précis de divers pigments. Un noir absolument mat qui absorbe la lumière, happe l’œil du spectateur et l’aspire comme dans un trou vertigineux. Déposé là à la fin du travail, acte d’achèvement de l’œuvre, cet espace, volontairement petit, vient avec sa puissance concentrée équilibrer l’ensemble de la composition et lui apporter la respiration nécessaire. Il n’est pas sans rappeler le monolithe du film de S. Kubrick « 2001 l’odyssée de l’espace ». Sa présence mystérieuse fait écho au processus vie, mort, renaissance.

Prune Kantor
Paris